La teinture naturelle, les premiers pas

Création de la couleur : les principales étapes et un peu de vocabulaire. 

 

Cela fait un an que j’écris ici. Quelle belle année! Je me suis demandée si j’allais faire un article pour l’occasion et puis, finalement je me suis dit que je devais continuer ce que je fais depuis un an : écrire et partager quelque chose qui me tient à cœur tout simplement. Ce sera donc un article sur la teinture naturelle, pour vous en dire un peu plus, vous emmener davantage dans les coulisses, avec la volonté de recentrer peu à peu mon blog sur cette si belle pratique et ce vers quoi elle me mène.

J’avais évoqué dans le premier article teinture, De la magie en poudre, mon envie de vous parler un peu technique et expliquer les mots étranges que j’emploie parfois. Alors je vous propose ici de découvrir les principales étapes d’un premier processus de teinture naturelle. Je dis premier, parce qu’il en existe plusieurs. Il y a presque autant de recettes que de plantes et de procédés que de tissus. Mais on peut tout de même s’appuyer sur le processus de base que voici.

Je crois qu’il est important pour moi de vous dévoiler tout ce qu’implique cette pratique. Du choix de la matière au tissu teint, il y a toute une série d’étapes dont on ne soupçonne pas l’existence.

 

Choisir une matière.

Imaginer, chercher une couleur.

Trouver le chemin pour y parvenir, établir son plan d’action, sa recette.

Et puis… 

 

Premières étapes : préparation de la fibre

Avant d’être plongé dans la marmite, le textile doit être préparé. Il est rare de mettre le tissu tel quel, dans un bain de teinture tout prêt. Cela prend du temps inévitablement. Même si l’on fait tout pour optimiser et diminuer ce temps, même si l’on essaie de tirer toutes les ficelles en se proclamant metteur en scène, il faut se rendre à l’évidence, on est davantage spectateur. D’ailleurs, que l’on soit spectateur ou metteur en scène, on sait de toute façon que monter un spectacle, ça prend du temps et qu’un spectacle réussi, ça se prépare.

Les différentes étapes prennent entre 20 et 45 minutes minimum (plus on laisse tremper le tissu dans les différents bains, mieux c’est). De manière générale, il faut rajouter un temps de séchage du tissu entre chaque étape.

 

Le lavage

Que l’on achète du tissu ou qu’on le récupère, qu’il soit neuf ou qu’il ait déjà vécu, il faut le laver. Un tissu neuf est souvent apprêté. L’apprêt peut empêcher la teinture. Un tissu déjà usé, porté, peut avoir des taches (peut-être invisibles), qui peuvent se révéler après teinture… C’est donc une étape importante.

 

(L’engalage)

C’est le premier bain de plante. C’est une étape facultative et seulement pour les matières textiles végétales, comme le coton ou le lin. On utilise une plante riche en tanins, il en existe plusieurs. Ce que l’on utilise le plus, c’est la noix de galle. Ce bain peut colorer très légèrement le tissu ou non (tout dépendra de la plante choisie). La plupart du temps, cela n’aura pas d’impact sur la couleur finale. Et cela va surtout permettre à la couleur de se fixer encore plus solidement, car les matières végétales sont plus difficiles à teindre que les matières animales, comme la laine ou la soie.

Le mordançage

Je l’appelle le bain transparent. Pour que la teinture soit la plus « solide » possible à la lumière et au lavage, on trempe le tissu dans un bain qui contient un mordant. Il y a plusieurs sortes de mordants, selon le processus de teinture utilisé, le plus commun, étant l’alun, un sel métallique, qui va permettre au colorant de la plante de se fixer solidement sur le tissu. À part certaines plantes qui n’ont pas besoin de mordant, ou qui se fixent différemment, on peut dire que la plupart des plantes tinctoriales vont avoir besoin d’un autre élément pour que la couleur se fixe durablement. C’est cette rencontre, cette synergie entre le mordant, le colorant et le tissu, qui est à la base du principe de teinture.

 

Le bain de teinture : création de la couleur

Inutile de vous dire que c’est mon étape préférée évidemment ! Enfin un peu de couleur!

Il y a une infinité de végétaux qui ont un pouvoir colorant, on les appelle les plantes tinctoriales : des bois, des plantes, des fleurs, des graines…

Pour faire un bain de teinture, on utilise des plantes fraîches, séchées ou des extraits de plantes (version très concentrée, fruit d’une sélection des parties les plus colorantes de la plante). Solubles dans l’eau, les extraits sont prêts à l’emploi. Pour les autres cas, il faudra faire une décoction, afin d’extraire justement le colorant qui se trouve dans la plante. Il faut également adapter le dosage en fonction, on met beaucoup plus de plantes fraîches ou séchées que d’extraits de plantes.

Le dosage s’établit aussi en fonction de l’intensité de la couleur recherchée, du poids du tissu et du volume d’eau. Car selon tous ces paramètres, la couleur peut être plus ou moins intense avec une même plante. 

Le Ph de l’eau, va également intervenir dans la teinte finale et peut dans certains cas être un élément essentiel. Sans enlever la magie que j’essaie de mettre dans votre esprit, la teinture, c’est vraiment de la chimie et des mathématiques. Les mesures et les pourcentages sont omniprésents, tout est est très précis et calculé parfois au gramme près. Il est recommandé d’ailleurs de faire un échantillonnage (des tests sur une petite quantité de tissu), pour chaque couleur que l’on souhaite créer. 

 

Dernières étapes : nuances et finitions

 

(Le nuançage)

J’ai évoqué ce terme pour la première fois dans mon article Installation d’une fileuse. C’est encore une étape facultative. Si la couleur obtenue est conforme aux attentes, le nuançage n’est pas obligatoire. Mais le fer est un mordant, (comme l’alun dont j’ai parlé plus haut), donc il permet de fixer davantage la couleur, mais cette fois-ci en la modifiant. Vous l’aurez compris, plus on additionne d’éléments, plus la teinture sera solide.

On parle de nuançage au fer, c’est-à-dire que l’on trempe le tissu dans un bain d’acétate de fer. Cette étape permet de nuancer la couleur, de l’assombrir, l’adoucir, la patiner, lui donner une profondeur différente, la doter d’un vécu, comme une marque du temps, une usure. Cette étape est l’opportunité non seulement de créer une couleur, une nuance unique mais aussi de raconter une histoire!

Le dernier lavage

Pour laisser partir tout ce qui a envie de s’en aller, c’est-à-dire ce qui n’est pas fixé et ce que l’on ne veut pas garder (comme les particules des sels métalliques qui seraient restées à la surface du tissu). Un dernier lavage au savon de Marseille va protéger légèrement la couleur. Une petite dose de vinaigre blanc renforcera parfois la vivacité de la couleur.

Voilà! Vous connaissez maintenant les grandes lignes du procédé de base de teinture. Bien sûr, c’est seulement une première porte ouverte sur ce monde si passionnant des teintures naturelles, bien plus complexe, plus varié et plus riche que ces 6 étapes brièvement abordées. Je voulais simplement commencer à vous faire rentrer dans mon quotidien et vous dire, que derrière une couleur, il y a toute une ribambelle d’actions.

 


 

Un petit bonus : La cuve d’indigo

C’est un procédé à part entière, complètement différent. Il ne suit pas les différentes étapes successives dont je viens de parler. C’est un bain unique. Je l’avais évoqué dans l’article Paré(o) pour la plage, il faut « monter une cuve », pour obtenir cette couleur bleue tant adorée et si particulière, qui mérite d’ailleurs un article entier que j’aurais le bonheur d’écrire prochainement!

 

Si vous avez des questions ou envie d’en savoir davantage sur un point en particulier, n’hésitez pas! On se retrouve bientôt pour un nouvel article qui s’annonce coloré! 🙂

 

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