From Reims to Bordeaux. Le grand départ

Un aller simple pour le bonheur s’il vous plaît !

Quelques mois auparavant…

T. « Il y a une boutique qui se crée à Bordeaux. Ça te dirait toi, Bordeaux? »

Moi. «  QUOI ???! MAIS ÉVIDEMMENT !!!!!!!! »

(Dans ma tête)

« Au revoir le froid, la pluie qui dure des semaines, au revoir les commerçants désagréables (ils ne le sont pas tous bien sûr), les rues désertes et le ciel tout gris.

Bonjour, le soleil, bonjour l’océan à quelques kilomètres, la montagne pas loin non plus, le bon vin et les fruits de mer.»

Et puis…

T. « Bon finalement, on y va plus tôt que prévu! »

Moi. « Ah oui? Quand? »

T. « Le mois prochain! »

Moi.« Ah oui quand même!! Euh… Déjà ????!… Mais… il y a une cathédrale à Bordeaux?? »

L’évidence et le coup de foudre de cet été pour la ville de Bordeaux se sont concrétisés en déménagement express. Lorsque la vie envoie plusieurs signaux dans le même sens, on ne peut passer à côté.

Chaque lieu que j’ai traversé a eu une importance capitale dans ma vie, un temps bien précis qui a rythmé mon existence et fait qui je suis aujourd’hui.

Paris a été le temps de l’éveil. Un doux et riche moment d’apprentissage, d’exploration, d’émerveillement, d’ouverture et de recherche. C’était le temps des études, des musées et des salles de spectacles…

(Bal du moulin de la Galette, Renoir)

Reims a été le temps des choix. J’y ai vécu des choses tellement opposées, aussi joyeuses que douloureuses. Un beau mélange entre le gris et les couleurs, entre le calme extérieur et le bouillonnement intérieur, la rupture et une rencontre. Entre la destruction et la construction, l’isolement et les rencontres… Mais finalement je m’aperçois que c’était toujours une question de choix. Le premier fut celui de venir y vivre, quitter Paris, dont le rythme me dévorait toute crue, mais dont je ne voulais pas m’éloigner. Au cas où…

S’en suit le choix d’oublier mes rêves et de penser qu’avoir un travail pour payer mon loyer était plus important que tout, parce que le regard de la famille et des gens autour change instantanément lorsque que l’on dit que l’on travaille. Alors on s’oblige chaque jour, à vivre un enfer, à se lever sans trop réfléchir parce que sinon on s’écroule. C’est ma douloureuse expérience en tant que chef de rang dans le restaurant Les 3 Brasseurs. Je ne rentrerai pas dans les détails ici, parce que ce n’est pas l’endroit pour parler de ça. Je reviens simplement sur cette notion de choix, notamment celui d’y rester 2 ans. C’est long 2 ans à s’oublier…

Je ne sais pas ce que je cherchais finalement mais j’ai le sentiment avec le recul que je ne me voulais que pas que du bien. J’avais peut-être besoin d’en arriver là, à ce point de non-retour, d’aller au bout de moi-même, de ma tolérance à supporter une telle situation.

En tout cas, j’ai beaucoup appris, bien au-delà de ce que j’imaginais, j’aurais peut-être voulu apprendre moins… Toujours est-il que j’ai appris non seulement sur ma capacité d’adaptation et mon endurance, mais surtout à dire non et à m’affirmer. À voir ce que je n’acceptais plus et le dire. Arrêter de croire que c’était une bonne situation et que « c’est comme ça le monde du travail »… Non ! Ça n’a pas à être comme ça ! En tout cas, je ne suis pas d’accord.

Et puis la rupture… dans tous les sens du terme vient changer le cours des choses.

C’est alors le temps de la prise en main, de l’action et de l’affirmation, qui fut aussi un choix (et c’est important de le préciser). Plus jamais ça, plus jamais cette soumission, cette absurdité, cet oubli de soi.

J’ai donc fait le choix d’être moi, le choix de mes rêves. Avec beaucoup de joie, d’ouverture et de plaisir à faire les choses. Le choix de vivre la vie que j’imaginais et m’en donner le temps et les moyens. Et celui de prendre mon temps pour faire tout ça aussi.

Celui qui s’est imposé et qui m’a demandé le plus de courage fut le choix du risque.

Le risque de garder mon appartement lorsque la question s’est posée. Celui de sortir de chez moi, d’aller à la rencontre des gens et de la ville. Le risque d’être imparfaite et de créer sans savoir où j’allais vraiment.

Reims : où tout a pris un sens.

Cela devait être ma ville pour de nombreuses années encore, mais la vie n’est pas un chemin tout tracé, elle est mouvante et pleine de surprises. Je pars, (on s’imagine le ton grave et détaché que je pourrais employer en disant cela), mais en réalité c’est avec beaucoup d’émotions que j’écris cet article. Ce n’est pas un soulagement, ni une déchirure, c’est une continuité, un prolongement, une suite.

Je vais vers, je ne quitte pas. Je vais vers moi, vers Bordeaux, vers la personne que j’aime aujourd’hui. Sans rancoeur pour les douloureux moments vécus et sans nostalgie pour les fabuleuses rencontres que j’ai faites, puisque je sais que ce n’est pas un adieu, j’ai encore quelques projets à développer dans cette ville et des liens à cultiver aussi.

Je voudrais finir par quelques mots qui résonnent en moi, comme un besoin de dire littéralement au revoir…

Reims,

mon mini Paris, ma jolie ville. Tu m’as apporté tant de choses.

À la fois tu m’as vue m’effondrer et (re)naître, me battre et accepter, me perdre puis me trouver. Ville aux couleurs sombres autant que lumineuses, tu m’as offert un doux et calme foyer, pour que je puisse me chercher. Le gris de ton ciel me marquera pour toujours. Ta majestueuse cathédrale, n’a pas fini de m’éblouir. Mon cœur est pris en otage par ce monument insensé qui semble tenir debout par je ne sais quel miracle.

Je te garde dans mon cœur comme pour garder bien ancré en moi, ce passage de l’ombre à la lumière. Se souvenir que c’est ici que tout s’est joué, que tout s’est transformé.

Mon coeur t’appartient. Une partie de moi restera ici à tout jamais. J’aimerai donc autrement la vie, les gens et moi-même.

Je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti en entrant dans mon appartement pour la première fois, ce doux parfum de bois. Cette ouverture de l’espace que me correspondait tellement.

Je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti un jour en entrant dans ta cathédrale, cette lumière qui semblait respirer, à laquelle se mêlaient des touches de couleurs vaporeuses et fuyantes. Cette douceur, cette énergie, ce flux de matière impalpable.

Je garderai au fond de moi un soir, à la Comédie, lors du festival Reims Scène d’Europe, ce spectacle qui m’a complètement bouleversée, Le Voyage de Lina Bögli, mis en scène par Christoph Marthaler, avec son parfum de vieux objets, la proximité de la scène, le chant, l’atmosphère qui régnait et la douceur du jeu des acteurs. Et bien d’autres spectacles encore comme Les Fidèles d’Anna Nozière, Un mage en été, l’Avare, La folle journée ou le mariage de Figaro… Sans oublier au Manège, le magnifique Kiss and Cry, Cucinema, la famille Semianyki et plus récemment Klaxon et Le syndrome de Cassandre…

Mon expérience insensée dans la restauration et la force dont j’ai fait preuve pour en sortir resteront également gravées dans ma mémoire.

Je me souviendrai de la couleur de ton ciel, ce gris qui m’a longtemps déprimée et que je n’ai finalement jamais réussi à apprivoiser.

Je n’oublierai pas non plus mes balades aux Faux de Verzy, ni la douceur du ciel au bout de ma rue le soir.

Non Reims, je ne t’oublierai donc pas. Ma belle et calme ville, ton envoûtante froideur et ta douce mélancolie m’ont touchée.

Je t’aime pour toujours, tu le sais.

Mais il me faut avancer.

Quel sera le temps de Bordeaux ? Vous l’aurez compris, je ne parle pas de la couleur du ciel, mais du temps de ma vie, (on m’a prévenue, il pleut aussi à Bordeaux). Je pose cette question mais en réalité je n’ai pas envie d’y répondre, si mon chemin prend cette couleur, c’est pour une bonne raison, alors je n’ai pas peur, je saute à pieds joints dans cette nouvelle aventure, impatiente, avec des étoiles plein les yeux, car j’ai rendez-vous avec la vie et quelque chose me dit que ça va être vraiment chouette. En tout cas, je ferai tout pour !

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9 Comments

  1. Répondre

    Pauline - Bright Pause

    10 mars 2017

    Tes mots sont si beaux Gaëlle ! Je me suis vue transportée presque 10 ans en arrière, lors de mes années prépa, à la lecture de ton ode à Reims… Merci pour ce plaisir littéraire inattendu et émouvant. Je te souhaite beaucoup de belles choses dans ta nouvelle vie à Bordeaux !

    • Répondre

      Gaëlle

      10 mars 2017

      Merci Pauline! Tes commentaires sont si agréables. Je suis ravie d’avoir fait ta connaissance et suis un peu triste de ne pas t’avoir vue davantage, mais je sais que l’on restera en lien. Je te souhaite également un beau chemin qui va s’enrichir de nouvelles couleurs pour toi aussi 😉

  2. Répondre

    La Print Station

    10 mars 2017

    Ravie de t’avoir croisée en chemin, même briévement 😉 Belle aventure à toi.

    • Répondre

      Gaëlle

      10 mars 2017

      Merci Alexandra! Moi aussi tellement ravie! Mais la rencontre va se poursuivre, c’est sûr 😉 Bonne continuation à toi aussi et belle suite à Décagone, je suis vraiment fan de votre projet et votre énergie. À bientôt!

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    Muriel

    10 mars 2017

    Tu es toujours aussi touchante bon voyage dans ta nouvelle vie et à bientôt bisous.

    • Répondre

      Gaëlle

      10 mars 2017

      Merci Muriel! C’est toujours un bonheur d’être lue et de voir les retours touchants et bienveillants de chacun sur mon écriture. Merci beaucoup. À bientôt!

  4. Répondre

    Muriel

    10 mars 2017

    Tu es toujours aussi touchante bon voyage dans ta nouvelle vie et à bientôt bisous.

  5. Répondre

    Cecile

    18 mai 2017

    Nous nous sommes rencontrées ce matin chez sew&laine ET j’avais envie d’ échanger un peu avec toi mais au repas cela n’a pas été vraiment possible,mais ce n’est pas grave …alors je suis venue ici pour voir ton univers. En tous cas merci Gaëlle pour ce magnifique message… quel chemin parcouru! ET bienvenue à Bordeaux
    Cecile

  6. Répondre

    Gaëlle

    18 mai 2017

    Merci beaucoup Cécile! Bordeaux est pleine de surprise, la réunion de ce matin en est une. Belle initiative qui inspire. Au plaisir de parler un peu plus textile, couleur et fil. 😉

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