Chronique du Rouge

 

Le rouge de mes joues, celui de l’urgence, des coquelicots et de l’amour…

Je n’ai jamais trop aimé cette couleur, je la trouvais trop agressive. Je crois qu’elle me faisait peur. L’amour, le sang, la colère… Le rouge a quelque chose d’extrême et de dangereux pour moi.

Aujourd’hui encore on s’apprivoise tous les deux, je le vois autrement, un peu moins effrayant, un peu plus doux. Sans doute grâce aux teintures naturelles.

Je me demandais d’ailleurs quand cette couleur apparaîtrait dans cette rubrique. Et la collaboration avec Le rituel, m’a donné l’occasion d’y plonger pleinement, donc je me suis dit que c’était le bon moment pour vous en parler.

Voici 4 références au rouge, qui font partie de mon quotidien, du plus embarrassant au plus enivrant, force est de constater que cette couleur fait profondément partie de ma vie.

Tous les tissus et papiers qui illustrent cet article ont été teints avec des racines de garance (voir la teinture naturelle, premiers pas pour plus d’informations).

 

Le rouge de mes joues

Ahlala ce rouge qui monte progressivement, incontrôlable, inconfortable, qui s’empare de mon visage et plus je m’en aperçois plus il s’intensifie. Passant du rouge rosé qui donne bonne mine au rouge écarlate qui fait un peu peur…

La parole du corps, victime de ma plus grande maladie, Madame Timidité! Ajoutons à cela un soupçon de rosacée et vous obtenez, une personne bien mal à l’aise en toute situation, dès qu’elle doit s’exprimer. On oublie la répartie, qui ne semble pas me faire défaut à l’écrit (ouf !), au moins on peut apprendre que j’ai un peu de vocabulaire et que je sais aligner deux mots (quand même)…

Rougir. Je ne me souviens plus quand cela a commencé, mais je sais que depuis des années, ça ne me quitte pas. Peu importe la personne, le moment, le lieu. J’ai beau me dire que voir par hasard quelqu’un que je connais dans la rue ou dans un magasin, c’est tout à fait normal ; qu’être questionnée sur mes vacances ou mon travail pendant un repas de famille, c’est tout naturel ; ou encore qu’être face à quelqu’un qui prend le temps de me raconter une anecdote sans me lâcher du regard, ça n’a rien de problématique, seulement rien n’y fait. Surprise, sentiment de jugement, absence de maîtrise, émotion… le résultat est le même : un visage métamorphosé.

ROUGIR. Que ce mot semble laid! Bon sûrement, parce qu’il me renvoie quelque chose de douloureux. Mais je me dis que si j’en parle, cela s’arrêtera peut-être. Est-ce que si je répète ce mot mille fois, j’en aurais moins peur (?)…

J’ai beau essayer de savoir d’où cela vient (parce que la timidité ça se surmonte au bout d’un moment non ?), j’ai l’impression que c’est davantage un réflexe de mon corps, comme un filtre de protection, comme une habitude, quelque chose de chronique. Le rouge chronique.

 

Le rouge de l’urgence 

L’urgence est partout et surtout confortablement ancrée dans nos esprits. On vit dans un monde où tout va vite, avec des deadlines et le stress et les nuits blanches qui vont avec. On s’impose tous cela, au nom de quoi je ne sais pas. On court, pour qui, après quoi? Je ne sais pas, mais on court. Je me sens parfois un peu agressée par ce rythme que l’on veut s’imposer. Des fois je me dis que je serais bien mieux dans un pays reculé, où le rythme est davantage fixé par la nature et où l’urgence n’a pas de raison d’être. En tout cas, où il n’y a pas cette obligation de produire sans cesse pour exister. Fuir cette urgence, fuir ce rouge trop oppressant.

En attendant, un voyant bien rouge s’allume dans ma tête. Il est urgent de créer encore et toujours, de finir cette commande, de m’accepter telle que je suis, de vivre la vie dont je rêve. Je ressens cette urgence encore plus depuis peu. Comme pour dire que c’est maintenant ou jamais que tout se joue.

Une urgence « cérébrale » souvent en contradiction avec la lenteur de mon corps. Comme si toutes les choses à faire étaient pesantes, me paralysaient et me clouaient au sol.

Je suis lente, j’aime prendre mon temps et c’est quelque chose que j’ai accepté maintenant.

Je suis faite de cette contradiction du corps et de l’esprit.

Mais parfois, même souvent, il existe des moments, au-delà du blocage, entre la panique et l’excitation, qui font que l’action est stimulante et plaisante. Il y a des instants où j’adore être dans l’urgence. Et c’est d’ailleurs dans ces moments là que je travaille le mieux. Juste avant que cela ne devienne impossible ou trop tard. Juste avant que le rouge ne se transforme en noir. Le danger d’être dans une zone instable. Me dépasser pour revenir dans une zone plus confortable. Le rouge stimulant de l’urgence.

 

Le rouge des coquelicots

La douceur extrême. L’élégance de la simplicité. Si délicat, si mystérieux, si lumineux, c’est un rouge un peu orangé, sublimé par la texture des pétales légèrement froissés. La délicatesse à l’état pur. Voilà le rouge qui me plaît !

LA PURETÉ : c’est doux comme mot, c’est beau comme couleur.

Un rouge fragile, doux et intense à la fois. Un rouge hypnotique et envoûtant, je pourrais passer des heures devant un champs de coquelicots. Je crois que c’est cette fleur qui m’a réconciliée avec le rouge.

C’est fou comme une couleur aussi chargée en significations, avec une histoire tellement riche et ancrée dans les mentalités, peut aujourd’hui me surprendre par sa simplicité et sa pureté, comme un rouge originel que je verrais pour la première fois. On oublie tout ce qu’il représente, tout ce qui est aussi de cette couleur. C’est dans ces fleurs que le rouge existe de la plus jolie des manières pour moi. Un rouge pur.

 

Le rouge de l’amour

Ce genre de rouge que l’on a envie de mettre au mur, d’exposer, pour qu’il se propage dans toute la maison et même au-delà.

Le rouge du cœur. Dense et sensible. Instinctif et tendre.

Je ne crois pas me tromper en avançant que les illustrations de cœur sont traditionnellement rouges, d’ailleurs tout ce qui se rapporte à l’amour en général est la plupart du temps rouge. Des images un peu “gnangnan”, qui ont sans doute participé à mon désamour premier de cette couleur.

Pourtant, sans vouloir passer pour une illuminée, je suis une amoureuse née. L’amour de la nature, de l’incroyable beauté de la terre. L’amour du genre humain dans toute sa complexité et sa richesse, son épaisseur. L’amour de la vie tout simplement et bien sûr de la couleur.

(Non non je vous assure, je ne me prends pas pour Pocahontas chantant l’air du vent :).)

Tout est relié, le sang qui circule dans nos veines, ce rouge profond, précieux, épais, qui relie le cœur à toutes les parties du corps.

On pourrait en douter parfois, mais nous sommes faits presque exclusivement d’amour, il faudrait davantage en prendre conscience, au lieu de perdre notre temps à démolir ce cadeau primitif, en jugeant constamment les autres ou pire, en construisant un mur entre deux pays…

Le rouge c’est donc la vie. Quelle sublime couleur finalement !

Et pour vous, je suis curieuse, qu’est-ce qu’évoque cette couleur ?

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2 Comments

  1. Répondre

    Sof

    20 octobre 2017

    Bonjour,
    Pour moi, le rouge était jusque récemment une couleur agressive appréciée des personnes toujours dans l’excès. Ne dit-on pas que les voitures sont celles qui ont le plus d’accidents car souvent conduites par des personnes fougueuses.
    J’ai appris à apprécier le rouge au fil des années et j’arrive désormais à l’utiliser dans mes créations et aussi le porter sur moi, ce qui était inenvisageable au cours de ma jeunesse.
    En vous lisant, je me suis également rendue compte que, comme vous, je rougissais beaucoup avant mais désormais c’est fini. Grâce à vous, votre article, je crois que j’ai compris pourquoi. J’ai appris à maîtriser mes émotions et j’ai beaucoup gagner en sérénité. Comme vous je suis lente, mes proches me le disent souvent mais pour la majorité de mon entourage moins proche comme mes collègues de travail par exemple, je suis speed car toujours à courir, je ne sais pas restée inactive. Cela m’a coûté beaucoup auparavant mais depuis que j’ai commencé ce travail sur mes émotions, je suis plus tranquille avec moi-même et, du coup, je pense que cela m’a permis de ne plus rosir voir rougir à la moindre émotion positive ou négative.
    Commencez par avoir confiance en vous et à vous aimer et vous verrez vous rougirez moins …
    Belle journée

    • Répondre

      Gaëlle

      23 octobre 2017

      Merci beaucoup Sophie d’avoir répondu!!!! 😉 Pas mal de points en commun, on dirait! Et beaucoup d’espoir, merci! 🙂

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